Le Rite de Memphis

|Le Rite de Memphis

Du nom de l’un des plus importants centres spirituels de l’Égypte ancienne dans lequel se trouvait inclus les actuels sites de Guizèh et de Saqqarah, entre autres et dont la divinité principale était le dieu Ptah.

Si nous nous situons dans le contexte de l’époque, au XVIIIe siècle, on doit noter la véritable fascination de l’occident pour l’Égypte et ses mystères que des textes grecs avaient bien auparavant mis en évidence, tel « Isis et Osiris » de Plutarque, « le traité sur les mystères » de Jamblique bien que très tardifs par rapport au rayonnement de l’Égypte ancienne. Ce sont les Grecs du VIIe siècle av. J.-C., explorateurs acharnés de l’espace méditerranéen, qui ont découvert, à leur grand étonnement, qu’ils n’étaient pas le seul peuple civilisé à vivre dans cette région du monde et qu’il existait, dans la vallée du Nil, une civilisation en apparence au moins aussi ancienne, sinon plus, que celle des Achéens qui, mille ans plus tôt, s’étaient implantés dans le Péloponnèse. Toutefois, l’Égypte qu’ils vont découvrir n’est pas celle de l’Ancien Empire des pharaons bâtisseurs de pyramides, ni même celle du Nouvel Empire et de Ramsès II (1279-1212 av. J.-C.) ; c’est l’Égypte moribonde des dernières dynasties pharaoniques (715-525 av. J.-C.) qui tombera, un siècle plus tard entre les mains des Perses achéménides. La Bible, bien que considérée comme un texte historiquement fiable, ne donne aux Égyptiens que des rôles négatifs.

La mission d’Égypte, conçue et menée par le général Bonaparte juste sorti d’une campagne aussi victorieuse qu’inattendue en Italie, débute le 19 mai 1798 par le départ de Toulon du corps expéditionnaire français. Elle comptait dans ses rangs de nombreux Francs-maçons de divers Rites initiatiques anciens : Philalètes, Rite des Architectes Africains de Bordeaux, un Rite Gnostique d’origine Égyptienne, Rite Hermétique d’Avignon, Philadelphes, Rite Primitif de Narbonne, ainsi que du Grand Orient de France. Ils fondent au Caire une Loge sauvage « Isis » dans laquelle Bonaparte aurait été reçu en quelques jours, comme il était d’usage de procéder à l’époque, Apprenti, Compagnon et Maître, selon les recherches effectuées par Robert Ambelain. Le Vénérable Maître en était Kléber. Jean-Baptiste Kléber, né le 9 mars 1753 à Strasbourg et assassiné le 14 juin 1800 au Caire fut un général français, qui s’est illustré lors des guerres de la Révolution française, notamment lors de la guerre de Vendée et de la campagne d’Égypte.

Gabriel-Mathieu Marconis de Negre, officier de l’armée napoléonienne, que Robert Ambelain décrit comme un maçon hautement initié aux « sciences secrètes », était détenteur de tous les degrés du Rite Écossais Ancien Accepté et de ceux de l’ancien Rite de Perfection. Il fut initié pendant la campagne d’Égypte à la Loge égyptienne « Isis» alors qu’il était membre du rite primitif des Chefdebien dès 1759. À son retour d’Italie en 1798, il fonde avec ses compagnons d’armes et Frères, une Loge ayant de très fortes caractéristiques rituelles égyptiennes, dont le titre distinctif était : « Les Disciples de Memphis». Dans cette Loge s’affilièrent très tôt des Frères qui travaillaient déjà avec des Rituels d’origine égyptienne.

Gabriel Mathieu Marconis de Nègre et Samuel Honis (Grand Maître de la Grande Loge des Filalètes en 1789) créent le Rite de Memphis ou « Oriental » à Montauban en 1815. Samuel Honis devient Grand Maître du Rite de Memphis en 1815 et en 1816, Gabriel Mathieu Marconis de Negre lui succède.

Son fils Jacques Étienne ou aussi dénommé Jean Étienne (né en 1795 à Montauban et mort à Paris en 1868) aurait reçu la lumière maçonnique à Paris, le 21 avril 1833, dans une loge de Misraïm dont il aurait été exclu dès le 27 juin de la même année, pour être entré en conflit avec d’autres Frères. Une autre version nous apprend qu’il reçut plus tard une patente fondatrice de la Loge lyonnaise de Misraïm « La Bienveillante » dont il était le Vénérable. Mais début 1838 à Paris, la Puissance Suprême du rite s’inquiète des innovations rituelles qu’il introduit dans sa loge, ce qui aboutit à sa seconde exclusion. C’est alors que riche des legs initiatiques de son père et de toutes les initiations qu’il avait reçues « le Rite Oriental de Memphis » fut créé, en 1838.

Dans un premier temps, Jean Étienne Marconis de Negre est élu « grand hiérophante » de l’Ordre : une élection qui a valeur fondatrice puis, un peu moins de trois mois plus tard, il procède à l’installation d’un Sanctuaire de Memphis, d’un Temple Mystique et d’un Souverain Grand Conseil Administratif.

L’analyse historique nous dit qu’il fut donc une deuxième fois exclu de l’ordre de Misraïm et si nous la suivons à la lettre, on peut considérer que le Rite Oriental de Memphis fondé par Jean Étienne Marconis de Negre est issu d’une scission d’avec le Rite de Misraïm. Memphis se trouve donc très influencé par Misraïm qu’il a enrichi d’autres apports initiatiques.

Le Rite de Memphis connaît un succès certain, justement du côté des Loges militaires, tant et si bien qu’en 1841, les frères Bédarride le dénoncent à leur tour aux autorités, et le Rite de Memphis est contraint de se mettre en sommeil mais survit en Belgique à Bruxelles où il reste très actif.

II réapparaît au grand jour sur le territoire français dès le 5 mars 1848, c’est-à-dire à peine plus d’une semaine après la chute de Louis-Philippe et la proclamation de la deuxième République. Commence alors pour lui sa plus belle époque : le Rite compte dans ses hauts rangs, des Maçons de renom d’autres obédiences et même un commandeur de l’Ordre de Malte. Il se développe aussi bien en France qu’a l’étranger, y compris en Angleterre, aux États-Unis… et en Égypte à partir de 1873 sous l’impulsion du Frère Solutore Avventore Zola, nommé Grand Hiérophante. Il connaît un certain essor, notamment sous la grande maîtrise de Harry J. Seymour en 1861, et sera reconnu, un temps, par le Grand Orient de France.

Il s’articule en 92 degrés selon trois séries et sept classes :
– Première série : symbolique. Première classe du 1er au 13e Degré, Deuxième classe du 14e au 27e Degré, troisième classe du 28e au 35e Degré.
– Deuxième série : philosophique. Quatrième classe du 36e au 47e Degré, cinquième classe du 48e au 61e Degré, sixième classe du 62e au 68e Degré.
– Troisième série : mystique. Sixième classe du 69e au 75e Degré, septième classe du 76e au 92e Degré.

Le Rite de Misraïm

Dès 1747, à Naples s’opère une intense activité de recherches sur la Franc-maçonnerie de tradition égyptienne menée par d’illustres personnages parmi lesquels on retiendra Raimondo di Sangro, Prince de San Severo descendant de Charlemagne, [...]