Histoire de notre Obédience

|Histoire de notre Obédience

HISTOIRE DE L’ORDRE MAÇONNIQUE ORIENTAL DU RITE ANCIEN ET PRIMITIF DE MEMPHIS ET MISRAÏM

Avant 1998, la seule Obédience maçonnique représentative du Rite de Memphis Misraïm en France était la Grande Loge Française de Memphis Misraïm avec Gérard Kloppel comme grand Maître mondial, Grand Hiérophante, lui-même ayant succédé à Robert Ambelain. Son rayonnement était international avec plus de 50 Loges en France mais aussi en Amérique du Sud. Mais le 24 janvier 1998 a vu toute cette structure éclater et a conduit Gérard Kloppel à démissionner le 5 mai 1998 et transmettre la Grande Maîtrise mondiale à Cheykna Sylla originaire de Côte d’Ivoire.

Les prémisses de l’éclatement de la Grande Loge Française de Memphis-Misraïm eurent lieu à partir de 1995. Les conflits étaient principalement liés :

– À la question de la mixité des Loges.

– À celle de l’indépendance des ateliers des trois premiers grades vis-à-vis de ceux des hauts grades.

– À la question de la nomination à vie (« ad vitam ») des dirigeants.

– Au débat sur la distinction entre Rite et Obédience.

– À des querelles de personnes aux égos développés et à certaines ambitions personnelles.

Après le séisme subi par cette Obédience, on pouvait recenser plusieurs structures obédientielles reconstituées sur les ruines de la Grande Loge Française de Memphis Misraïm. Chacune d’elle se prétendait régulière et demandait aux membres de l’Obédience originelle, de les rejoindre. Les Vénérables en poste à cette période ainsi que tous les Frères ayant assumé des charges officielles, peuvent le démontrer par les nombreux courriers qu’ils ont reçus de la part de chacune des structures impliquées dans cette tentative de reconstruction. Il faut également noter que si Robert Ambelain avait tant œuvré durant une grande partie de sa vie pour donner au Rite de Memphis Misraïm les reconnaissances qu’il méritait de la part des grandes Obédiences françaises et internationales, celles-ci s’effondraient brusquement, laissant place à un mépris, voire un rejet de la part du monde maçonnique qu’il sera difficile de faire oublier.

Comme toujours dans ces circonstances, l’unanimité ne s’est pas faite au sein de tous les membres de l’Obédience initiale quant à la nouvelle voie à emprunter et des groupes se sont constitués. Certains sont restés travailler sous l’égide de Cheikna Sylla avec la constitution de la Grande Loge française masculine de Memphis Misraïm, qui s’est vu ultérieurement retirer sa légitimité par Gérard Kloppel, celui-là même qui la lui avait donnée. D’autres se sont déterminés pour travailler sous la direction de Georges Claude Vieilledent, membre du Souverain Sanctuaire de Gérard Kloppel et qui fonda la Grande Loge Symbolique de France. D’autres membres ont rejoint le Grand Orient de France qui a fait valoir une Patente de 1862 d’un Rite de Memphis Misraïm, qu’il détenait dans ses archives. Ce dernier est construit sur une échelle de 33 degrés, comprenant la transmission de « l’échelle de Naples ». Et enfin un nombre très restreint de Frères a rejoint le Substitut Grand Maître de Gérard Kloppel, Marcel Laperruque dans la Loge nantaise Sophia dissidente depuis 1996.

Certains membres de la Grande Loge Française de Memphis Misraïm, perdus dans cette tourmente qui les avaient surpris, ne savaient plus où retrouver une « légitimité » irréfutable. Nombreux furent ceux qui abandonnèrent leur parcours initiatique et la Franc-maçonnerie, mais d’autres entreprirent de se reconstruire sur des bases d’une filiation la plus claire possible. C’est ainsi que des Frères toulousains, perpignanais mais aussi corses de Bastia et d’Ajaccio décidèrent de demander aux Frères italiens de venir les aider. Il faut alors noter ici l’implication dans le rôle prépondérant d’intermédiaire joué par un Frère toulousain, le regretté Pierre Aiellaud. C’est lui qui mit en relation les Frères de Toulouse avec celui qui allait être à l’origine de ce que nous sommes actuellement en France et qui en tant que membre du Souverain Sanctuaire italien (en possession des 33, 66, 90 et 95e Degrés) de Giancarlo Seri, assumait la charge des relations avec le Souverain Sanctuaire International que présidait Gérard Kloppel. Il s’agit du Marquis Francesco Tortora Brayda di Belvedere, domicilié à l’époque au Boulou, près de Perpignan.

Héritier de la grande noblesse napolitaine, sa grande tante Antonia Matilde Tortora Brayda di Belvedere, au milieu du XIXe siècle, s’était mariée au Marquis de Santo Stefano Raffaele de Sangro de la famille princière de San Severo descendant de Charlemagne.

De même, un de ses ancêtres directs, Nicola Boccapianola de la famille des Ducs de Ripacandida et des Marquis de Brindisi, était Grand Prophète du Chapitre Templier que dirigeait le Prince d’Aragon au milieu du XVIIIe siècle.

Nicola Boccapianola était très lié au groupe du Chevalier Luigi d’Aquino, frère du Grand Maître national de la Franc-maçonnerie napolitaine qui transmit les Arcana Arcanorum à Cagliostro lui-même. Il avait également des liens avec les Illuminés de Bavière. Il est utile de noter pour bien comprendre l’histoire du Rite qu’à Naples, se trouvait un vrai quartier égyptien.

Ce dernier se voit, en effet, transmettre par Giancarlo Seri en date du 9 février 1998, avec le 96e Degré du Rite, « le pouvoir de souveraineté magistrale pour constituer rituellement une Obédience Nationale de Notre Vénérable Ordre en France et ses dépendances ». Cette Patente spécifie la mission de créer une « Grande Loge Symbolique » pour l’administration des trois premiers Degrés de la Maçonnerie dite « Bleue » avec la possibilité de constituer une Maçonnerie féminine mais pas de Franc-maçonnerie travaillant en mixité. De plus ce Pouvoir Magistral donnait la possibilité de constituer un « Suprême Conseil des Souverains Grands Inspecteurs Généraux 33e Degré du Rite » dans un premier temps pour secondairement établir sur le sol français un « Souverain Sanctuaire des Sublimes Patriarches Grands Conservateurs de l’Ordre 95e Degré du Rite ».

Ce fut un énorme travail que de reconstruire une Obédience Maçonnique française en ayant pour base tous les rituels, statuts et règlements italiens et surtout de transmettre cette mine de connaissance véhiculée par ce Rite d’une richesse incommensurable. Ainsi est née en France une « entité » regroupant un Ordre, un Rite et une Obédience indépendants.

Ce travail de construction a bien avancé, les bases sont établies, les structures sont aussi érigées, mais il reste encore beaucoup à faire même si le but n’est pas de construire une énorme structure qui ne pourrait répondre aux attentes des «cherchants». Le seul but de notre existence est la conservation intacte de la Tradition et sa transmission à ceux qui ont le désir et la volonté de la recevoir. Le travail collectif représente une force extraordinaire et un gage de progression énorme mais chaque être humain est un creuset d’alchimiste, un athanor, dans lequel doivent se produire les réactions internes qui aboutissent à la « transmutation » du « vil plomb » en « or véritable », imputrescible, éternel.

Francesco Tortora Brayda di Belvedere a acquis une grande expérience de la Franc-maçonnerie pour l’avoir pratiquée aussi bien au sein du Grand Orient d’Italie qu’au sein du Rite de Memphis Misraïm en Italie et en ayant toujours assumé de très hautes responsabilités. Mais son expérience ne s’arrête pas à la seule Maçonnerie car il s’est aussi attaché pendant plusieurs dizaines d’années à l’étude et la pratique du Martinisme et de la Gnose aux plus hauts niveaux. Il faut encore préciser que ce Rite Maçonnique « égyptien » est très lié initiatiquement aux deux autres et qu’il peut en être considéré comme la première des trois marches. Francesco Tortora Brayda di Belvedere a immédiatement compris la situation délicate des Frères français de l’ex-Obédience de Gérard Kloppel et a très fraternellement répondu aux demandes qui lui étaient faites par ces Français en désarroi. Il est personnellement intervenu auprès de Giancarlo Seri qui était non seulement un Frère mais aussi un de ses amis très proches. C’est ainsi que nos Frères italiens nous ont fraternellement tendu la main pour nous aider à nous reconstruire, mais sans Francesco Tortora Brayda di Belvedere, rien n’aurait été possible.

Francesco Tortora Brayda di Belvedere entreprit cette construction en s’appuyant sur les membres de l’ancienne Obédience de Gérard Kloppel qui avaient émis le vœu de le rejoindre dans cette aventure magnifique. Il n’y avait ainsi aucune ambiguïté sur la filiation et la régularité de cette future Obédience française.

Il fallut donc 10 ans pour créer une structure Maçonnique au rite de Memphis et Misraïm en France à partir de Frères déjà « haut gradés » : de quoi faire taire les rumeurs, apparemment peu éclairées… qui suspectent une ascension trop rapide dans les Degrés des membres fondateurs.

La Franc-maçonnerie moderne doit s’adapter aux exigences de son temps. Ainsi devons-nous utiliser pour fonctionner les nouveaux supports incontournables tels qu’internet avec la création de notre site dont la gestion doit être assurée : nouveau défit auquel nous sommes amenés à répondre car les répercussions se font à des niveaux au-delà du national. Allier le respect de la Tradition et de sa transmission à la modernité est une gageure qui nous demande souplesse d’adaptation. Nous voulons aussi que le Rite soit perçu tel qu’il est en réalité, sans cette connotation sulfureuse qu’on a bien voulu lui donner depuis longtemps. Il faut également que notre Rite retrouve sa place au sein de la Franc-maçonnerie universelle et française en particulier, dans le respect de ses spécificités qui en font une Franc-maçonnerie spiritualiste mais ouverte à toutes et à tous.

Le Docteur C. E. fut nommé « Substitut Grand Maître » pour la France par Décret Magistral du 12 juin 1999. D’autres voyages à Pérouse permirent de préciser la situation de la nouvelle Obédience française vis-à-vis de l’Obédience italienne. Ainsi son autonomie fut prise progressivement jusqu’à la constitution par Francesco Tortora Brayda di Belvedere du Souverain Sanctuaire de l’Ordre le 19 avril 2008 comme prévu initialement en même temps que l’acceptation de la charge de Grand Hiérophante qu’il devra dorénavant assumer.

Le Marquis Francesco Tortora Brayda di Belvedere a pris la décision de transmettre au Docteur C. E., son Substitut, la Grande Maîtrise pour la France et ses dépendances, en date du 19 mai 2013 avec le 96e Degré. Puis le 23 décembre 2013, le 97e Degré en même temps que la totale autorité sur l’ordre, le Rite et l’Obédience totalement autonomes vis-à-vis de l’Italie.

Un travail sérieux fut entrepris avec Francesco Tortora Brayda di Belvedere d’étude et de traduction de tous les rituels des « Chambres Rituelles » constituant les « Hauts Degrés » et d’élévation progressive de ces mêmes Frères. Cela permit à quelques Frères déjà détenteurs de Hauts Degrés délivrés par feu le Rite de Gérard Kloppel, d’effectuer un premier voyage à Pérouse, siège de la Grande Maîtrise italienne. Ils y furent élevés rituellement le 22 mai 1999 au 33e Degré par le Suprême Conseil italien présidé par Giancarlo Seri assisté de Francesco Tortora Brayda di Belvedere.

Évolution du rite au XXe siècle